Votre ERP est au cœur de vos opérations. Il enregistre les commandes, suit l’inventaire, centralise les coûts et alimente la facturation.
Avec le temps, un autre phénomène peut toutefois apparaître.
On lui ajoute une boutique en ligne. Puis un portail client. Ensuite, un outil de suivi pour les équipes sur le plancher, un processus qualité très spécifique ou une fonction de planification adaptée à votre façon de travailler.
Chaque ajout répond à un vrai besoin. Pris séparément, chacun semble logique. Quelques années plus tard, l’ERP est tellement personnalisé qu’une simple mise à jour devient un projet en soi.
Le problème n’est pas nécessairement votre ERP.
Il fait peut-être très bien ce pour quoi il a été conçu. La question est plutôt de savoir si vous lui demandez aujourd’hui de faire des choses qui gagneraient à vivre ailleurs.
Dans certaines situations, la meilleure approche consiste à conserver l’ERP comme cœur transactionnel de l’entreprise et à construire autour de lui les expériences et les processus propres à vos opérations.
Votre ERP est-il devenu trop personnalisé?
Les premiers symptômes sont parfois faciles à ignorer.
Des données sont exportées dans Excel pour être retravaillées. Des informations sont saisies à plusieurs endroits. Des employés développent leurs propres fichiers pour suivre une étape qui s’intègre mal au système. Certains rapports sont encore reconstruits manuellement.
Un autre signal mérite particulièrement votre attention : vous repoussez les mises à jour de votre ERP parce qu’il y a trop de personnalisations à reprendre ou à tester.
Une mise à jour qui devrait normalement permettre de profiter de nouvelles fonctionnalités, de correctifs ou d’améliorations devient alors une source d’inquiétude.
Est-ce que nos développements actuels vont encore fonctionner? Qu’est-ce qu’il faudra adapter? Combien de temps faudra-t-il tester? Quel processus risque d’être affecté?
À ce stade, la personnalisation qui devait initialement faciliter les opérations commence à créer une forme de dépendance.
Ce n’est pas nécessairement le signe qu’il faut remplacer l’ERP. Cela peut plutôt indiquer qu’on lui a progressivement confié des responsabilités qui dépassent son rôle principal.
Le problème n’est pas toujours l’ERP
Un ERP est particulièrement utile pour gérer les transactions et centraliser les données essentielles de l’entreprise.
Commandes, inventaire, facturation, coûts, achats et autres informations financières ou opérationnelles ont naturellement leur place dans ce système.
Là où les choses deviennent plus complexes, c’est lorsqu’on essaie d’utiliser l’ERP comme interface pour tous les employés, tous les clients et tous les processus particuliers de l’entreprise.
Un portail client, par exemple, doit offrir une expérience simple et intuitive. Un outil utilisé sur un plancher de production doit correspondre à la réalité des employés qui l’utilisent chaque jour. Un processus qualité peut comporter des étapes extrêmement précises qui sont propres à votre organisation.
Ces besoins évoluent aussi parfois beaucoup plus rapidement que le cœur transactionnel de l’entreprise.
Chercher à tout faire directement dans l’ERP peut alors multiplier les personnalisations et rendre son évolution plus difficile.
Une autre approche consiste à laisser l’ERP faire ce qu’il fait bien et à construire autour de lui les outils qui répondent aux besoins propres à l’entreprise.
Une règle simple : la transaction dans l’ERP, l’opération autour
Une façon de déterminer ce qui devrait vivre où consiste à distinguer la transaction de l’expérience et du workflow qui l’entourent.
Tout ce qui touche directement l’argent, l’inventaire ou une transaction importante devrait généralement continuer d’être enregistré dans l’ERP.
La solution développée autour de celui-ci peut plutôt gérer la façon dont un client, un employé ou un partenaire interagit avec le processus.
Prenons un retour de marchandise.
Un client pourrait se connecter à un portail conçu spécialement pour lui, retrouver sa commande et faire une demande de retour à travers une expérience beaucoup plus simple que l’interface de l’ERP.
Le portail recueille les informations nécessaires et les transmet au bon système.
La RMA et la note de crédit, elles, sont créées dans l’ERP.
L’ERP demeure donc la source de vérité pour la transaction. Le portail prend en charge l’expérience client et le workflow qui mène à cette transaction.
Cette séparation permet de développer une expérience adaptée sans avoir à transformer le cœur de l’ERP chaque fois qu’un processus évolue.
Autrement dit, l’ERP est votre système de référence. Ce qui se construit autour est votre système d’opération : l’outil dans lequel vos gens travaillent toute la journée, avec vos règles, et qui envoie à l’ERP ce qui doit être facturé et comptabilisé.
Pourquoi construire autour de l’ERP?
L’objectif n’est pas d’ajouter des systèmes simplement pour en ajouter.
Il s’agit plutôt de séparer des responsabilités qui n’évoluent pas nécessairement au même rythme.
Votre ERP peut demeurer relativement stable pendant plusieurs années alors que votre expérience client, vos opérations ou vos processus de production continuent d’évoluer.
Lorsqu’un outil distinct prend en charge ces besoins, il peut évoluer sans nécessiter une modification profonde de l’ERP à chaque changement.
L’inverse est aussi vrai.
Une mise à jour de l’ERP devient généralement plus simple à gérer lorsque moins de fonctions très personnalisées ont été construites directement dans son cœur.
L’entreprise conserve alors une architecture plus flexible. L’ERP reste responsable des données et des transactions qui doivent y vivre, tandis que les solutions qui l’entourent peuvent être adaptées aux processus qui distinguent réellement l’organisation.
Trois exemples concrets
1. Un portail client connecté à l’ERP
Imaginez une entreprise de distribution dont les clients communiquent régulièrement avec le service à la clientèle pour consulter leurs commandes, retrouver certains documents, effectuer une demande ou vérifier l’état d’un dossier.
Une première option serait d’essayer d’adapter l’ERP pour offrir directement toutes ces fonctions.
Une autre consiste à développer un portail client connecté à celui-ci.
Le client dispose alors d’une interface pensée pour ses besoins. Il peut consulter les informations auxquelles il a droit, effectuer certaines demandes et suivre leur progression.
Lorsqu’une transaction doit être créée, elle est envoyée vers l’ERP.
Le portail peut évoluer en fonction de l’expérience que l’entreprise souhaite offrir, tandis que l’ERP continue de gérer les données et transactions centrales.
On ne demande plus au même système d’être à la fois une base transactionnelle et une expérience client.
2. Un outil de planification ou de suivi de production
Dans un environnement manufacturier, l’ERP peut contenir les commandes, les produits, les quantités, les coûts et l’inventaire.
Cela ne signifie pas nécessairement que son interface est idéale pour les employés qui doivent organiser et suivre le travail sur le plancher.
Une entreprise peut avoir besoin d’une vue très précise de ses priorités, de ses étapes de production ou de ses contraintes opérationnelles.
Un outil construit autour de cette réalité peut récupérer les informations nécessaires dans l’ERP et les présenter de la façon dont les équipes en ont réellement besoin.
Les employés travaillent dans une interface adaptée à leurs opérations. Les données transactionnelles continuent d’être enregistrées au bon endroit.
Si le module de production de votre ERP fait déjà ça pour vous, gardez-le.
3. Un processus qualité propre à votre entreprise
Les processus qualité illustrent bien les limites d’une approche universelle.
Deux entreprises du même secteur peuvent avoir des méthodes de validation, des responsabilités et des étapes très différentes.
Lorsqu’un processus est réellement propre à votre façon de travailler, forcer toutes ses particularités dans l’ERP peut entraîner une accumulation de modifications difficiles à maintenir.
Un outil dédié peut gérer les formulaires, les approbations, les étapes et le suivi du processus tout en échangeant les informations nécessaires avec l’ERP.
Le même principe peut s’appliquer à d’autres besoins. Une intégration avec un CRM, par exemple, peut permettre de faire circuler certaines données sans transformer l’ERP en outil de vente.
Construire à côté a aussi un coût
Développer une solution distincte n’est pas automatiquement la meilleure décision.
Un nouveau système doit être hébergé, sécurisé, maintenu et éventuellement amélioré. L’intégration avec l’ERP doit également être surveillée et adaptée lorsque les systèmes évoluent.
Il faut donc éviter de créer une application sur mesure pour chaque irritant.
Le développement autour de l’ERP devient particulièrement intéressant lorsque le besoin est suffisamment important, durable et propre à l’entreprise pour justifier cet investissement.
Si un processus représente un avantage concurrentiel, mobilise plusieurs employés, génère beaucoup de travail manuel ou évolue régulièrement, la flexibilité d’une solution distincte peut compenser le coût supplémentaire lié à sa maintenance.
Pour un besoin très standard, le calcul peut être complètement différent.
Parfois, le module natif est la meilleure solution
Tous les ERP ne fonctionnent pas de la même façon.
Certains proposent de bons mécanismes d’extension, des modules spécialisés ou des façons propres d’ajouter des fonctionnalités sans modifier lourdement le cœur du système.
Il faut être précis sur ce que « dans l’ERP » veut dire, parce que votre intégrateur le sera. Il y a trois niveaux : la configuration, l’extension prévue par l’éditeur, et la modification du cœur. Les deux premiers survivent aux mises à jour. C’est le troisième que les éditeurs eux-mêmes combattent : SAP en a fait une doctrine, le « clean core », qui réserve les extensions aux processus qui différencient l’entreprise et les garde découplées du cœur.
Pour une petite entreprise, une boutique en ligne ou un module natif offert avec l’ERP peut aussi répondre parfaitement au besoin.
Dans ce cas, développer une nouvelle solution apporterait davantage de complexité sans créer suffisamment de valeur.
La question n’est donc pas de choisir systématiquement entre « ERP » et « développement sur mesure ».
Le véritable enjeu consiste à éviter de modifier profondément le cœur de l’ERP pour lui faire gérer des besoins qui pourraient être mieux servis ailleurs.
La meilleure architecture est celle qui correspond à votre réalité, à votre volume, à vos processus et à la façon dont vous souhaitez évoluer.
Comment évaluer votre situation avant d’investir?
Avant de modifier davantage votre ERP ou de construire une solution autour de celui-ci, commencez par comprendre ce qui pose réellement problème : qu’est-ce que votre ERP fait bien aujourd’hui, quelles personnalisations avez-vous accumulées, repoussez-vous des mises à jour à cause d’elles, et où vos employés utilisent-ils encore des contournements, comme des fichiers Excel, des doubles saisies ou des suivis parallèles?
Ensuite, prenez chaque fonction une à une et posez-vous les mêmes questions. Une même entreprise aura des fonctions des deux côtés, et c’est normal.
D’abord, est-ce une transaction? Si la fonction crée ou modifie de l’argent, de l’inventaire ou un document comptable, elle reste dans l’ERP. Un outil à côté peut la déclencher, jamais la remplacer. Pour tout le reste, six questions.
-
Votre ERP connaît-il les objets de ce processus? Des clients, des articles, des commandes : oui. Un lot, un chantier, un train, une règle de tarification qui n’appartient qu’à vous : non, et il en faudrait beaucoup.
-
Peut-il servir les gens qui y touchent? Des employés au bureau avec une licence : oui. Des équipes sur le plancher ou sur la route, vos clients, vos partenaires, sur mobile ou hors ligne : plus difficilement.
-
Comment le ferait-il? Par configuration ou par une extension prévue par l’éditeur, c’est le travail de votre intégrateur. S’il faut contourner le produit ou modifier son cœur, c’est un signal.
-
À quel rythme ce processus change-t-il? Configuré une fois pour des années, ou plusieurs fois par année?
-
Quelle est la nature du traitement? De la saisie et des rapports, ou du calcul, du temps réel, de l’intelligence artificielle?
-
Doit-il survivre à votre ERP, ou devenir un produit? Si vous prévoyez changer de système, ou si cette logique est un actif que vous voulez garder, voire commercialiser.
Quatre réponses ou plus qui pointent à côté : construisez à côté, branché à l’ERP. Deux ou moins : restez dans l’ERP, par configuration, par un module ou par une extension prévue. Trois : c’est le cas limite, et c’est là qu’une analyse vaut la peine avant d’écrire une ligne de code.
Et construire à côté ne veut pas dire développer sur mesure. Si un logiciel spécialisé couvre le besoin sans contournement et se branche à votre ERP, c’est lui qu’il faut regarder en premier. Le sur-mesure se justifie quand aucun logiciel ne modélise votre métier, ou quand les règles qui font votre différence sont précisément celles qu’un logiciel générique vous obligerait à abandonner.
Votre ERP peut rester au cœur sans être au centre de tout
Un bon ERP n’a pas besoin de devenir l’unique interface de votre entreprise.
Il peut continuer d’être la source de vérité pour vos commandes, votre inventaire, vos coûts et vos transactions tout en laissant d’autres outils prendre en charge les expériences et les processus pour lesquels ils sont mieux adaptés.
Cette distinction devient particulièrement importante lorsque les personnalisations commencent à ralentir les mises à jour ou à rendre le système difficile à faire évoluer.
La réponse n’est pas nécessairement de remplacer l’ERP. Elle n’est pas non plus de développer systématiquement une nouvelle application.
Il faut d’abord déterminer ce qui appartient réellement au cœur transactionnel et ce qui gagnerait à évoluer autour de lui.
C’est souvent cette séparation qui permet de conserver un ERP solide tout en développant des outils réellement adaptés à la façon dont l’entreprise travaille.
Pour aller plus loin, la grille complète, avec les raisons derrière chaque critère et trois cas appliqués : Guide ERP ou Custom
Votre ERP porte des processus qui dépassent son rôle? Parlons de ce qui devrait vivre à côté de votre ERP : Contactez-nous | Altevo
